Août est le mois où les dictons parlent le moins de la météo et le plus du travail : le foin n’est pas toujours rentré, les noix approchent, la vigne se prépare. Les formules se rattachent surtout à trois dates, le 10 août (saint Laurent), le 15 août (Assomption) et le 24 août (Saint-Barthélemy), et elles se contredisent souvent d’une région à l’autre. Voici ce que disent ces dictons, ce que racontent les saints qu’ils invoquent, et comment les lire sans en faire des prévisions.
Les dictons cités ici viennent de recueils en ligne consultés pour cet article, en particulier la liste classée par date du site Nominis (Conférence des évêques de France), qui indique la région quand elle est connue. Quand une formule existe en plusieurs variantes, la forme donnée est celle de cette source.
Août dans le calendrier paysan : un mois sans dimanches
Dans les dictons, août n’est pas un mois de vacances. « En août comme aux vendanges, ni fêtes ni dimanches », dit une formule recueillie en Provence : les travaux pressent, la semaine n’a plus de jour de repos. Une autre, plus sévère, avertit : « Quiconque en août s’endormira, en janvier s’en repentira. » L’idée est simple et se comprend sans commentaire : ce qui n’est pas rentré en août manque en janvier.
D’autres formules disent le mois en une image. « Août rapporte ce que mars emporte » figure dans le recueil Proverbes et dictons des mois (1913), et « Au mois d’août, toute pomme a bon goût » a été relevé en Gascogne (1965), selon la liste de proverbes-francais.fr, qui rassemble 47 dictons d’août. La formule oppose août à mars : ce que l’un prend, l’autre le rend.
Il est aussi un mois de bascule. Le solstice de juin est loin, l’équinoxe de septembre pas encore là, et les dictons s’accrochent aux saints pour marquer ce glissement. Pour la période qui précède, notre article sur les dictons de juin, Saint-Médard et le solstice montre comment l’été se met en place ; août en raconte l’autre moitié.
Saint Laurent, 10 août : le milieu de l’été et les « larmes »
Un martyr au gril, une tradition plus qu’une certitude
Laurent de Rome est un diacre chrétien mort le 10 août 258. D’après la notice de Wikipédia qui lui est consacrée, il était le premier des sept diacres de l’Église romaine, chargé de gérer son trésor et d’en distribuer les revenus aux pauvres. Lors de la persécution de Valérien, le pape Sixte II est exécuté, et Laurent meurt trois jours plus tard, supplicié sur un gril.
Il faut pourtant rester prudent : la même notice signale que ce récit est surtout transmis par la tradition et que les sources fiables manquent. Les hymnes d’Ambroise de Milan et de Prudence, à la fin du IVe siècle, prouvent en revanche que son culte était déjà populaire. La tradition en a fait le patron des pauvres, des diacres, des cuisiniers et des rôtisseurs, deux métiers qui renvoient au gril.
Quatre dictons pour une seule date
La liste de Nominis range quatre formules sous le 10 août. La première relie deux fruits à deux dates : « À la Sainte-Madeleine, les noisettes sont pleines ; à la Saint-Laurent, on regarde dedans. » La deuxième promet un temps clément : « De la Saint-Laurent à Notre-Dame, la pluie n’afflige pas l’âme », c’est-à-dire du 10 au 15 août, la pluie ne fait pas de tort. La troisième dit presque la même chose : « Quand il pleut à la Saint-Laurent, la pluie vient assez à temps. » La quatrième est la plus célèbre : « Saint Laurent partage l’été par le milieu. »
Ce dernier dicton se vérifie par un simple calcul de calendrier. Du solstice de juin (autour du 21) à l’équinoxe de septembre (autour du 22), il s’écoule environ 93 jours, et le 10 août tombe au cinquantième : un peu après le milieu, ce qui rend la formule honnête sans être exacte. Elle dit surtout que, passé le 10, l’été n’est plus dans sa pleine montée.
Les « larmes de saint Laurent » : l’astronomie sous la légende
Les Perséides sont une pluie d’étoiles filantes visible en août. Selon la page d’Espace des sciences consacrée au sujet, elles viennent de la poussière et des petits débris laissés par la comète Swift-Tuttle, qui revient environ tous les 135 ans et dont le dernier passage date de 1992. Les météores semblent partir de la constellation de Persée, d’où leur nom. Le maximum tombe non loin du 10 août, jour de la fête de saint Laurent : c’est ce voisinage qui a fait baptiser le phénomène « larmes de saint Laurent ».
La notice de Wikipédia sur le saint présente ce rapprochement comme une association populaire et poétique, sans lien historique avec lui. C’est un bon exemple de la façon dont le calendrier religieux a servi de support de mémoire à des observations du ciel : on retient plus facilement une nuit d’étoiles filantes quand elle a un saint et une date.

L’Assomption, 15 août : « la Vierge du quinze août arrange ou défait tout »
Une fête ancienne, un dogme récent
Le 15 août, l’Église célèbre l’entrée de Marie, corps et âme, dans la gloire de son Fils ressuscité. D’après un article de Vatican News sur l’histoire de la fête, l’Assomption est introduite en Europe sous l’influence du pape Théodore, au VIIe siècle. En 1638, le roi Louis XIII consacre la France à la Vierge et demande une procession chaque année le 15 août, dans l’espoir d’avoir un héritier. Enfin, le 1er novembre 1950, Pie XII proclame le dogme dans la constitution Munificentissimus Deus, en choisissant la Toussaint plutôt que le 15 août.
Les dictons, eux, n’ont que faire des dogmes : ils retiennent une date, celle du milieu du mois.
Ce que les dictons attendent de la mi-août
Deux formules disent la même incertitude. « La Vierge du quinze août arrange ou défait tout » et, recueillie en Provence, « À la mi-août le temps s’arrange ou défait tout » reviennent sur le même point : le temps de mi-août décide du reste de l’été. L’une met la Vierge en scène, l’autre le mois, mais leur lecture est identique.
Un autre dicton choisit l’oiseau : « Le quinze août, le coucou perd son chant ; c’est la caille qui le reprend. » Il ne dit pas quel temps il fera : il note un changement de saison dans les chants, du coucou à la caille.
Pour une approche pratique de cette date, le site feteanniversaire.fr détaille le sens et les façons de fêter l’Assomption du 15 août.
Saint Roch et Saint-Barthélemy : fenaison, noix et labours
Du foin aux noix : un calendrier d’outils
Le 16 août, saint Roch. Les représentations le montrent presque toujours avec un chien qui lui apporte du pain, car, malade de la peste, il se serait réfugié dans une forêt. Le dicton qui lui est attaché s’adresse aux laboureurs : « Après Saint-Roch, aiguise ton soc. » Selon le site consacré au saint, le moment est venu de préparer les labours pour les semailles d’automne.
Le 24 août, c’est Saint-Barthélemy : « À la Saint-Barthélemy, la perche au noyer, le trident au fumier. » D’après la page d’éphéméride consultée, ce dicton évoque la fin des grands travaux de fenaison et l’approche de la récolte des noix, à la fin du mois d’août. La perche est la longue gaule avec laquelle on fait tomber les noix ; le trident est la fourche du fumier, que l’on range. Les deux outils s’opposent : l’un annonce la récolte, l’autre ferme un chantier.
Entre ces deux dates, la liste de Nominis donne une petite chronologie des fruits à coque :
- 10 août : « à la Saint-Laurent, on regarde dedans », après les noisettes « pleines » de la Sainte-Madeleine ;
- 18 août : « À la Sainte-Hélène, la noix est pleine, et le cerneau se met dans l’eau » ;
- 24 août : « À la Saint-Barthélemy, la perche au noyer ».
Le mois se lit ainsi comme une succession d’outils et de fruits, ce qui explique en partie pourquoi ses dictons sont si nombreux : chaque saint sert de borne à un geste précis.
Les derniers repères de fin de mois
La fin d’août ajoute quelques bornes. « À la Saint-Louis, le foin non rentré est à moitié gâté » (25 août) rappelle qu’un foin oublié dans le pré ne vaut plus grand-chose. « À la Saint-Césaire, la dernière forte chaleur en l’air » (26 août) annonce le reflux de la canicule. Enfin, « Quand août est pluvieux, septembre est radieux » (29 août) fait de la pluie d’août une promesse pour le mois suivant ; on retrouvera cette logique de balancier dans nos dictons de septembre, les vendanges et l’équinoxe.

Pluie, tonnerre, brume : ce que les dictons promettent à la vigne et aux châtaignes
Si l’on veut savoir ce que l’on attend du ciel, les dictons d’août parlent surtout de vigne et de fruits. Les voici regroupés par thème, avec l’indication de région quand la source la donne :
- Pluie et vin : « S’il pleut en août, il pleut du miel et du moût » (Var) ; « Mois d’août pluvieux rend le cep vineux » ;
- Tonnerre et raisin : « Tonnerre au mois d’août, abondance de grappes et bon moût » (Drôme) ;
- Brumes et châtaignes : « Brumes en août font tomber les châtaignes » (Limousin) ; « Les brouillards d’août emportent les châtaignes » (Deux-Sèvres, 1865) ;
- Pluie et champignons : « Pluie d’août fait truffes et marrons » (Deux-Sèvres) ;
- Pluie fine et vin : « Fine pluie de Saint-Augustin, c’est comme s’il pleuvait du vin » (Poitou, 28 août).
On voit apparaître des cultures très locales : le Limousin, les Deux-Sèvres et le Poitou parlent de châtaignes, de truffes et de marrons, le Var et la Drôme de moût et de grappes. Le dicton n’est pas un énoncé général sur « l’août » : c’est une note de terroir, et c’est ce qui le rend précieux comme document sur les paysages agricoles d’autrefois.
Quand les dictons d’août se contredisent
Les mêmes sources offrent des dictons contraires. Côté pluie :
- « S’il pleut en août, il pleut du miel et du moût » (Var), « Mois d’août pluvieux rend le cep vineux » ;
- mais « Août en sécheresse n’apporte point de richesse » (Provence), et, plus loin, « De la pluie en août, n’en faut pas du tout » (30 août).
À la Saint-Laurent, deux lectures coexistent : « Quand il pleut à la Saint-Laurent, la pluie vient assez à temps » (Nominis) promet une pluie bienvenue, tandis qu’une autre liste en ligne, celle du Journal de la Météo de l’Ain, donne « S’il pleut à la Saint-Laurent, la pluie est en chemin pour longtemps », qui y voit le début d’une série pluvieuse. Ce ne sont pas deux erreurs : chaque formule répond à une situation locale.
Cette contradiction apparente est la meilleure clé de lecture. Un dicton ne prédit pas le temps ; il dit comment une communauté a vécu un ciel donné : la pluie est bonne pour la vigne dans un terroir, mauvaise pour le foin dans un autre.
| Dicton | Date ou région | Ce qu’il dit |
|---|---|---|
| Saint Laurent partage l’été par le milieu | 10 août | L’été se retourne autour de cette date |
| De la Saint-Laurent à Notre-Dame, la pluie n’afflige pas l’âme | Du 10 au 15 août | Une pluie à ce moment-là est sans gravité |
| La Vierge du quinze août arrange ou défait tout | 15 août | Le temps de mi-août pèse sur la fin de l’été |
| Après Saint-Roch, aiguise ton soc | 16 août | Il est temps de préparer les labours d’automne |
| À la Sainte-Hélène, la noix est pleine | 18 août | Repère de maturité des noix |
| À la Saint-Barthélemy, la perche au noyer, le trident au fumier | 24 août | La récolte des noix remplace les travaux de fenaison |
| À la Saint-Louis, le foin non rentré est à moitié gâté | 25 août | Un foin laissé dehors perd sa valeur |
| À la Saint-Césaire, la dernière forte chaleur en l’air | 26 août | La grande chaleur s’éloigne |
| Quand août est pluvieux, septembre est radieux | 29 août | Un août humide prépare un beau septembre |
| Brumes en août font tomber les châtaignes | 30 août, Limousin | La brume nuit aux châtaignes |
Peut-on vérifier ces dictons ? L’exemple des saints de glace
La question « est-ce que ça marche ? » se pose pour chaque dicton, et Météo-France a montré, pour un cas voisin, comment y répondre. Pour les saints de glace des 11, 12 et 13 mai, l’organisme a compté les gelées du 14 mai au 30 juin sur 130 stations de plaine entre 1951 et 2023. Dans 49 années sur 73, soit 67 %, au moins une station a gelé après ces trois jours : la croyance selon laquelle le gel cesse le 13 mai est donc fausse environ deux fois sur trois. Notre page sur les dictons de mai et les saints de glace détaille ce travail.
Pour août, les sources consultées pour cet article ne donnent aucune étude comparable. Il faut donc se garder de dire que les dictons « marchent » ou « ne marchent pas » : on peut seulement constater que leurs formules divergent et que, par construction, elles ne couvrent qu’un terroir. La démarche honnête consiste à les traiter comme des témoignages sur ce que la vie rurale surveillait, pas comme des bulletins météorologiques.
Comment lire un dicton d’août aujourd’hui
Quatre questions suffisent pour lire un dicton d’août sans se tromper de registre :
- À quel travail renvoie-t-il (foin, noix, labours, vendanges) ? La plupart des formules sont des repères de gestes avant d’être des prévisions.
- De quel terroir vient-il ? Une région indiquée, comme le Limousin, la Provence ou le Poitou, change complètement la portée de la formule.
- Existe-t-il un dicton contraire ? Si oui, on est en présence de deux observations locales, pas d’une loi.
- Quelle source le cite ? Une date, une région, un recueil (comme les Proverbes et dictons des mois de 1913) valent mieux qu’une formule sans origine.
Pour aller plus loin dans la logique des repères régionaux, notre page sur les dictons régionaux du calendrier paysan rassemble les entrées par région et par mois.
Août se résume ainsi à une succession de gestes et de dates plus qu’à une météo. Le 10, saint Laurent coupe l’été en deux et la nuit s’allume d’étoiles filantes ; le 15, la mi-août décide de la suite ; le 16, saint Roch invite à aiguiser le soc ; le 24, la perche monte au noyer et le trident descend au fumier. Entre-temps, la pluie fait le vin dans le Var et défait le foin ailleurs. C’est cette diversité, plus que n’importe quelle prévision, qui fait la valeur des dictons d’août.