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Poeme de Charles BORDES



Le berger respectueux

Chantons les amours de Lubin,
Nuit et jour il soupire en vain :
Hélas ! sans espérance.
Lise, pourtant, l'aime en secret ;
Mais il l'ignore, et n'oserait
Parler de sa, parler de sa,
Parler de sa constance.

Content d'admirer ses attraits,
Il n'ose approcher de trop près,
Tant Lubin est honnête :
Il croit, sans se rendre suspect,
Qu'on doit, à force de respect,
Mériter sa, mériter sa,
Mériter sa conquête.

Lise, un beau jour, d'un air coquet,
Lui dit: suis-moi dans le bosquet ;
Il court plein d'allégresse,
Charmé de pouvoir à l'écart,
Loin de tout importun regard,
Lui montrer sa, lui montrer sa,
Lui montrer sa sagesse.

Voyez, dit-il, cet instrument
Qui s'anime si tendrement,
Du coeur, c'est l'interprète.
Il dit ces mots d'un ton malin,
Et tout aussitôt dans sa main
Il lui mit sa, il lui mit sa,
Il lui mit sa musette.

Lise la prit nonchalamment ;
La belle était en ce moment
Assise sur l'herbette.
Ses jupons étaient un peu courts ;
Le berger s'enflammait toujours,
Il lui prit sa, il lui prit sa,
Il lui prit sa houlette.

Puis il alla cueillir le thym,
La violette et le jasmin,
Le muguet, la lavande.
Il revint tout chargé de fleurs,
Lise en respirait les odeurs,
Il lui mit sa, il lui mit sa,
Il lui mit sa guirlande.

Comme il en ornait ses beaux bras,
La belle ayant fait un faux pas,
Tomba sur la verdure ;
Ses blonds cheveux flottaient au vent ;
Lubin sans perdre un seul instant,
Lui remit sa, lui remit sa,
Lui remit sa coiffure.

Tandis qu'il prend un soin si doux,
Lise s'assied sur ses genoux
D'un petit air d'aisance.
Eh quoi, dit-il, seulette ici,
Sur un berger placée ainsi,
Sentez-vous sa, sentez-vous sa,
Sentez-vous sa prudence ?

Au village ils sont de retour,
Lise abjurant un sot amour ;
Et fier de sa prouesse,
Lubin s'écriait tout joyeux :
Peut-être, dans un an, ou deux,
J'obtiendrai sa, j'obtiendrai sa,
J'obtiendrai sa tendresse.


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