Poeme de Rémy BELLEAU
La Cygalle
O que nous t'estimons heureuse,
Gentille Cygale amoureuse,
Car aussi tost que tu as beu
Dessus les arbrisseaux un peu
De la rosée, aussi contente
Qu'est une princesse puissante,
Tu fais de ta doucette vois
Tressaillir les monz et les bois.
Tout ce qu'apporte la campagne,
Tout ce qu'apporte la montagne,
Est de ton propre. Au laboureur
Tu plais sur-tout, car son labeur
N'offences ni portes dommage
N'à luy, ni à son labourage.
Tout homme estime ta bonté,
Douce prophete de l'été.
La Muse t'aime, et t'aime aussi
Apollon, qui t'a fait ainsi
Doucement chanter. La vieillesse
Comme nous jamais ne te blesse,
O sage, o fille terre-née,
Aime-chansons, passionnée
Qui ne fus onc d'affection,
Franche de toute passion,
Sans etre de sang ni de chair,
Presque semblable à Jupiter.
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